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Je passe en revue les campagnes de France,
Souverain éphémère d’une nuit.
Les arbres penchés, les prairies rases, les routes fraîches
Roulent le long des rails.

 

Roulent le long des rails.
Les intimités disparues,
Les villes aux luisantes rues
Comme des canaux vénitiens,

 

Roulent le long des rails.
Les voûtes nobles des platanes,
Nefs païennes,
Longs étambots sans gouvernail.

 

Roulent le long des rails.
Les écoles fermées la nuit
Où la marche du temps se poursuit
Près du tableau noir solitaire
Lourd des fautes anciennes.

 

Roulent le long des rails.
L’entrelacs scintillant des voies,
Fluide et précis comme de l’eau
Glissant sur le bois des carènes.

 

Roulent le long des rails.
Les gares vides, les falots,
Ports ensablés et lieutenances.

 

Souverain éphémère d’une nuit,
Je passe en revue les campagnes de France.

 

In Armand GOT, Poètes de l’Agenais 1900-1959 (1959)

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