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Comme j'aime et vénère un curé de campagne,
          Garde-champêtre de la foi,
Qui fait comprendre à tous ce que, sur la montagne,
Le divin Maître a dit, en apportant sa loi.

Je l'admire, ce prêtre en vieille soutanelle,
Qui, partout où l'on souffre, accourt sans qu'on l'appelle,
Ramassant, en chemin, ainsi que la fourmi,
Les miettes qu'il porte au pauvre, son ami,
À l'orphelin que Dieu confie à sa tutelle.

Sur sa chaire de bois il trône sans orgueil ;
Il exhorte, il reprend, mais avec indulgence ;
Il soutient le boiteux, de l'aveugle il est l'oeil,
Et l'enfant, à sa voix, naît à l'intelligence.

Sa cloche veut en vain disperser l'ouragan,
Dont il voit approcher l'épouvantable nue,
Mais — pur écho du ciel — sa parole ingénue
Arrache plus d'une âme aux griffes de Satan.

Charitable berger, il poursuit ses ouailles...
Le voici dans les champs : — « Hé bien ! Paul, tu travailles ?
Tu laboures ? c'est bien.... mais, sais-tu que voilà...
Longtemps qu'on ne t'a vu venir au presbytère ? »

— « Ah ! monsieur le curé, quand on bèche la terre,
Comment voulez-vous donc ? — Que me chantes-tu là ?...
Et ton âme ! veux-tu la laisser en jachère ? »

Pour la faute avouée il a de doux pardons,
Pour les remords cuisans, un baume qui soulage,
          Et qui se rend à ses sermons,
          En revient meilleur et plus sage.

Extrait du chant 3 de Marthe - Élégie villageoise (1854).

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