*
Du temps où sur ces bords Blaise le sanguinaire,
Le terrible et cruel fléau des huguenots,
À la gloire d'un Dieu clément et débonnaire,
Faisait couler le sang et les larmes à flots...
De ces jours odieux qui souillent notre histoire,
Où les Guise et les Calvin s'armaient au nom du Ciel,
On voudrait à jamais effacer la mémoire,
Et verser dans l'oubli cette coupe de fiel.

          Mais partout s'en revoit la trace ;
Partout, en ce pays, le deuil reste tendu :
          Le sang à grand'peine s'efface,
Et Montluc — il s'en vante — en a tant répandu !

Il s'arrêta pourtant, car du haut des collines,
Un soir, on n'ouït plus tonner les couleuvrines.
À leur voix succédait un silence de mort :
Montluc était malade, on dormait dans son fort.

Ou peut-être, avait-on osé lui faire entendre
Que Dieu, le pur amour, la suprême bonté,
A condamné le glaive, et que pour le défendre
Il n'est que la parole et que la charité.

          Quoi qu'il en soit — chose certaine —
          Il s'est remis sous les verroux ;
          Ses bourreaux reprennent haleine,
          Et de sa fureur inhumaine
          Pour un jour il suspend les coups,
Et dans sa forteresse à triples meurtrières,
          À triple pont, triple fossé,
Il fait tranquillement ses dévotes prières,
Sans le moindre remords de tout le sang versé.

Mais on tremble toujours, car à travers ses grilles,
Du haut de son donjon, il lance au loin l'effroi ;
Il proscrit tous les jeux, — et fait tant que nos filles
Et nos jeunes muguets sont tous en désarroi.

Extrait de la première partie de Françonnette (1851)

               © 2008 - 2017 - Sabine Sicaud- Webmestre Guy Rancourt - Gestion des données Anne Brunelle - Gestion informatique Robert Gastaud - Conseil