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Un, deux, trois mois encore, et ces beaux jours passèrent
Où les jeux, dans les champs, se mêlent au travail ;
Les feuilles avec eux tristement s'en allèrent,
Et l'on rentra bientôt le rustique attirail.

Or, dès que la moisson dans les greniers est mise,
Et que sur les sillons on a lancé le grain
          Qui dans un an fera du pain,
On voit poindre les jours de brouillards et de bise,
          Jours écourtés par les deux bouts,
          Sans crépuscule et sans aurore ;
Car, pour de courts instants, leur soleil incolore,
Au bas de l'horizon, vient tard au rendez-vous.

          Voici l'hiver et son cortège,
          Le vent assaille nos coteaux ;
Déjà flottent dans l'air quelques flocons de neige,
          Couvrons-nous bien de nos manteaux...
L'étable calfeutrée abrite les troupeaux ;
Mais vous, contre le froid, dites qui vous protège,
          Pauvres petits oiseaux ?

Chez les riches, alors, le foyer flambe et brille
Du matin jusqu'au soir, et même encor la nuit,
Tandis que tout auprès, une pauvre famille,
Sans pouvoir travailler, grelotte en un réduit
          Si mal fermé qu'il y grésille.

Hé bien ! Ces pauvres gens, là, dans ce triste lieu,
          Du plus profond de leur misère,
          Mieux que ceux qui font bonne chère,
En soufflant dans leurs doigts, rendent grâce au bon Dieu.

Extrait de la deuxième partie de Françonnette (1851)

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