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L'été dernier, je voyais une fille,
Tout à l'entour du hameau d'Estanquet,
Là, sur ces prés, arranger en bouquet
Le lys des champs, la rose et la jonquille.

C'était plaisir de la voir sautiller,
Comme un chevreau, sur la verte pelouse,
Et de l'ouïr si tant bien gazouiller
Que la fauvette en devenait jalouse.

Mais d'où vient donc qu'aujourd'hui, je ne vois,
Que je n'entends, ici ni là, rien d'elle ;
Lorsque, pourtant, des éclats de sa voix,
De ses soupirs, le rossignol l'appelle ?

Cela, mon Dieu ! ne nous dit rien de bon.
J'ai beau lorgner, je ne vois rien paraître,
Se pourrait-il... j'en ai quelque soupçon...
Qu'elle eût quitté le lieu qui l'a vue naître ?

Non, car voici, posé là, sur le banc
Où tous les jours la mignonne travaille,
Avec ses clefs, son grand chapeau de paille,
Mais il n'est plus garni de son ruban.


Oh ! son petit jardin n'a plus si bonne mine.
Tout traîne sur le sol, la bêche et le râteau ;
Le mouron croît partout ; l'oeillet, la balsamine
Se penchent tristement, faute de soins et d'eau.

Cela fait peine à voir. Où donc la fille alerte
Se tient-elle aujourd'hui ?... sa maison, la voilà,
Derrière ce hallier... la porte en est ouverte !...
À tout risque, voyons ce qui se passe là.

Extrait de la troisième partie de Françonnette (1851)

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