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Dieu des oiseaux !
Ou plutôt – car il sied avant tout de s’entendre
Et le vautour n’a pas le Dieu de la calandre ! –
Dieu des petits oiseaux !... Dieu des petits oiseaux !...

 

Qui pour nous alléger mis de l’air dans nos os
Et pour nous embellir mis du ciel sur nos plumes,
Merci de ce beau jour, de la source où nous bûmes,
Des grains qu’ont épluchés nos becs minutieux,
De nous avoir donné d’excellents petits yeux
Qui voient les ennemis invisibles des hommes,
De nous avoir munis, jardiniers que nous sommes,
De bons petits outils de corne, blonds ou noirs,
Qui sont des sécateurs et des échenilloirs…

 

Demain, nous combattrons les chardons et les nielles :
Pardonnez-nous, ce soir, nos fautes vénielles
Et d’avoir dégarni deux ou trois groseilliers.

 

Pour que nous dormions bien, il faut que vous ayez
Soufflé sur nos yeux ronds que ferment trois paupières.
Seigneur, si l’homme injuste, en nous jetant des pierres,
Nous paye de l’avoir entouré de chansons
Et d’avoir disputé son pain aux charançons,
Si dans quelque filet notre famille est prise,
Faites-nous souvenir de saint François d’Assise
Et qu’il faut pardonner à l’homme ses réseaux
Parce qu’un homme a dit : « Mes frères les oiseaux » !

 

Et vous, François, grand Saint, bénisseur de nos ailes…
Priez pour nous ! Prédicateur des Hirondelles,
Confesseur des Pinsons… Priez pour nous ! Rêveur
Qui crûtes à notre âme avec tant de ferveur
Que notre âme, depuis, se forme et se précise…
Priez pour nous ! Obtenez-nous, François d’Assise,
Le grain d’orge… Le grain de blé… Le grain de mil !
Ainsi soit-il ! Ainsi soit-il ! Ainsi soit-il !

 

In Chantecler (1910)

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