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« Les Jeux Floraux de France » par Abel RUC
In Pensée Française, Strasbourg
Le 21 septembre, 1925 (page 24)

 

          La grande lauréate des Jeux floraux de France a onze ans ! Vous avez bien lu : onze ans ! Elle a décroché le 1er grand prix contre plus de 500 concurrents et s'est classée en outre 5e et 10e lauréate. Son Matin d'automne qui lui valut le 1er grand prix est d'un charme, d'une fraîcheur, d'une richesse d'images singuliers. Le public jury des Veillées de Paris a été séduit complètement. Le second grand prix attribué au poème de Mme Gisèle Vallerey, Stérilité volontaire, témoigne de l'éclectisme de ce public. Certes, il y a une force, une profondeur, une palpitation douloureuse, poignante, en ce poème… mais le soleil et la joie l'emporteront toujours sur la douleur. Inclinons-nous.

 

          Les deux premiers prix affrontés nous donnent le 1er grand prix aux vers libres, le 2e grand prix, aux vers classiques : nouvelle preuve de l'éclectisme et du libéralisme du public-jury. Éclectisme tranchant la forme, éclectisme tranchant le fond – parfait !

 

          La petite Sabine Sicaud est une étrange enfant. Calme, sage, elle semble ignorer son succès. Interviewée par les journalistes, elle ne parle guère et ne se laisse pas entamer. Tout au plus confie-t-elle qu'elle aime Verhaeren et Rollinat ; qu'elle vit heureuse dans son jardin, parmi les oiseaux, les papillons et les fleurs qui l'inspirent et égayent son cerveau des plus charmantes images, qu'elle s'amuse ensuite à exprimer par le verbe… et c'est tout. Sa face d'un pur oval, son teint pâle, ses yeux clairs, n'expriment aucun émoi. Elle demeure sur une défensive constante et ni Mme Segond-Weber qui l'entraîna sur la scène du théâtre des Champs-Élysées au milieu des ovations du public du Gala des Jeux Floraux, ni Mme la Comtesse de Noailles (Présidente d'honneur des Jeux Floraux de France), qui lui offrit de splendides œillets, ne parvinrent à la faire vraiment sortir de cette réserve. Elle porte son beau rêve avec une sorte de religiosité et n'a souri que de n'y pas laisser porter de sacrilèges mains.

 

          Tapage et gloire ne valent pas, pour cette curieuse petite inspirée, la splendeur d'un beau ciel, l'averse colorée des feuilles et des pétales, la rumeur d'un essaim d'abeilles, la roulade d'un oiseau, la confidence du vieux saule au tronc noueux.

 

          Enfant sage, qui donnez une sévère leçon à tant de vieux confrères avertis du tam-tam, que les Muses vous entretiennent en cette haute, imperturbable sérénité.

 

Abel RUC

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